Mais ce que l’histoire officielle oublie souvent de rappeler, c’est que cette photo n’avait aucune raison d’exister. Elle n’est ni le fruit d’un plan marketing, ni celui d’une commande industrielle. Elle est le résultat d’une chaîne de hasards, si fragile qu’il aurait suffi qu’un seul maillon saute pour que le cliché disparaisse à jamais.
Le photographe, le skieur, le lieu
Le photographe s’appelle Hans Truöl.
photographe germanique installé et actif dans la région de l’Arlberg, spécialisé dans la montagne et les sports d’hiver, il documente depuis les années 1950 la vie alpine, le ski, les routes d’altitude. Il n’est ni publicitaire, ni communicant. Il photographie ce qu’il connaît, ce qu’il vit.
Le skieur est Egon Zimmermann, futur champion olympique de descente à Innsbruck en 1964. À l’époque de la photo, il est déjà un skieur de très haut niveau, reconnu dans le milieu alpin autrichien. Pas un cascadeur, pas un figurant.
La scène se déroule au col du Flexen, près de Zürs, en Autriche. Quelques jours auparavant, une avalanche a coupé la route. Lors du déblaiement, les chasse-neige créent des murs de neige exceptionnellement hauts, transformant la chaussée en couloir blanc.
C’est ce décor, totalement circonstanciel, qui rend la photo possible.
Le hasard comme meilleur architecte du culte
Depuis, la photo a été réinterprétée, recréée, parfois maladroitement, parfois avec respect. Mais aucune reprise n’a retrouvé la force de l’original.
Parce que ce cliché ne doit rien à une stratégie.
Il doit tout au hasard, au contexte, à une voiture choisie par commodité, à une route déblayée par nécessité, à une époque où l’on ne documentait pas le “making of” d’une image.
Quand on observe ces tentatives de réécriture moderne, une chose devient évidente :
le meilleur architecte du culte, ce n’est ni le marketing, ni la technologie...C’est le hasard.