Sauf qu’avec son SR GT 400, Aprilia a décidé d’ajouter autre chose au cahier des charges. Une dose de kiff. Une vraie. Le genre de supplément d’âme qu’on trouve d’habitude sur une moto, pas sur un engin censé transporter un sac de sport, un antivol et une dignité déjà bien entamée par trois hivers de périph.
Le Aprilia SR GT 400 est bien né et bien équipé.
Sur le papier, ce nouveau 400 ne se contente pas d’aligner les bons ingrédients du moment. Il vient jouer les gros bras dans la famille des scooters “rationnels”, avec un monocylindre 399 cm³ de 36 ch, un poids annoncé de 186 kg en ordre de marche et une dotation qui comprend écran TFT 5 pouces, keyless, contrôle de traction, ABS réglable et bulle réglable. Le tout avec une promesse simple, très italienne dans l’esprit, faire un scooter assez pratique pour la vraie vie, mais assez énervé si tu aimes ton café du matin très ristretto.
Le SR GT 400 n’arrive pas comme un simple gros scoot de plus dans une vitrine déjà blindée de machines honnêtes, bien élevées, prêtes à t’emmener au bureau avec le sérieux comptable d’un tableur Excel. Lui arrive avec une autre posture. Une posture presque déplacée. Un scooter qui essaie de se faire passer pour une moto.
Un scooter 400 étonnement agile
Avis sur l’Aprilia SR GT 400 après son essai, et un point fort saute immédiatement aux yeux, l’agilité.
Et il faut reconnaître qu’Aprilia ne s’est pas contenté de lui coller un bec de canard et deux stickers pseudo-aventure pour faire illusion. Le cadre est un double berceau en acier, la fourche inversée est fixée par double té, les suspensions ont du débattement, la roue avant de 16 pouces aide à donner une lecture plus saine de la route, et l’ensemble cherche clairement à sortir du simple registre “centre-ville, dos d’âne, ticket de parking”.
Prise en main : un train avant précis et joueur
Mais ça, c’est la fiche technique.
Dans la vraie vie, ça donne quoi ?
Ça donne un scoot qui se jette dans les enchaînements avec une facilité assez déconcertante. Tu regardes, il y va. Tu corriges, il suit. Il y a ce petit côté instinctif qu’on attend plutôt d’une moto que d’un variateur. En ville, tu te faufiles sans réfléchir, le train avant est précis, presque joueur. Et dès que la route s’ouvre un peu, il garde cette légèreté qui donne envie d’en remettre une couche, juste pour voir.
Un scooter à l’aise sur routes dégradées
Officiellement, la marque revendique un scooter capable d’être agile en ville mais aussi à l’aise hors du strict bitume lisse, avec des pneus au dessin plus creusé et une garde au sol pensée pour élargir le terrain de jeu.
Et sur les routes cabossées, c’est là qu’on a testé son sérieux. Et sérieux, il l’est. Pas sérieux au sens chiant du terme, sérieux au sens où tu sens qu’il y a eu du taf derrière. Il absorbe sans te péter les trapèzes et garde une direction précise quand la route commence à ressembler à une rue parisienne sous mandat d’Hidalgo. Pas ouf, en d’autres termes.
Moteur et freinage : maître mot, efficacité
Ce qui contente surtout, c’est le dosage. La puissance est bien étagée, suffisamment pour mettre un peu de vie dans les relances. Pas de coup de pied au cul inutile, mais un truc propre, constant, efficace.
Quand tu remets du gaz avec de l’angle, c'est rassurant. Autre point fort, l’ABS ne se déclenche pas pour rien, ce qui devient presque un compliment de luxe dans une époque où certaines assistances électroniques semblent avoir été réglées par un stagiaire sous caféine.
Confort et usage quotidien : un vrai scooter à vivre
Et puis il y a le quotidien. L’assise est vraiment confortable, tu poses les deux pieds sans te poser de question si tu fais autour d’1,75 m, la position est naturelle, même si l’ergonomie ne permet pas vraiment de reposer les pieds jambes tendues. C’est un scoot compact, assumé comme tel.
Tout est cohérent avec son rôle : coffre pour un intégral, keyless, USB-C, bulle réglable (que tu peux facilement ajuster sans avoir à béquiller), et une béquille centrale facile à mettre en place. Une machine à vivre.
Puisqu’il faut lui trouver un petit défaut, il manque un frein de parking, mais c’est le cas pour toute la concurrence en 400 cm³ (à ma connaissance, et flemme d’aller vérifier).
Alors, tout n’est pas parfait, évidemment. Il manque peut-être un plancher qui finirait en diagonale à la manière du T-Max pour cruiser jambes tendues.
À haute vitesse en descente, le guidon peut louvoyer un peu. Rien de dramatique, mais juste assez pour te rappeler que tu n’es pas sur une RSV4 avec un variateur greffé.
Et finalement, c’est aussi ça qui rend le jugement intéressant. Ce scooter est bon parce qu’il a de la personnalité, pas parce qu’il efface toute sensation dans un bain tiède d’efficacité.