Dans les gradins en béton, au-dessus d’un public clairsemé composé de fans que la chaleur a quelque peu anesthésiés, deux hommes contemplent la grille se former.
Une manche chaotique
Malgré un départ correct, le jeune talent n’est qu’en 4ème position. Sur une piste brûlante, les pneus montent rapidement en température, et comme à chaque week-end, cette manche s’annonce violente. Devant, Eric Bostrom et Mat Mladin se rendent coup pour coup. Aaron Yates les talonne. Ces 3 pilotes expérimentés prennent de l’avance sur le jeune pilote du team American Honda qui conserve sa 4ème position. Difficile d’imaginer, en observant son pilotage prudent, que le jeune homme est en tête de ce championnat très relevé.
8 victoires en poche avant la Virginie
Mais c’est bien une pépite que Mick Doohan et le recruteur japonais du HRC sont venus observer. Car s’il est actuellement 4ème de la manche, celui qui fait l’objet de leurs observations a dominé le championnat AMA Superbike 2022 depuis le début de sa saison. Qui est-il ? D’où lui vient cette maturité ?
Son principal talent est le travail
Alors que tous les médias n’ont qu’un certain Valentino Rossi à la pointe de leur plume, ce jeune pilote de 21 ans est tout l’inverse. Un gamin né sur une moto ou presque, mais dont le potentiel s’est exprimé à force de tours, de chutes, de chronos, de dessins des trajectoires sur des ardoises. Faire, refaire, défaire. Surmonter la douleur, les doutes et grappiller des places pour monter devant… et tenter d’y rester.
Le soleil fait perdre les têtes ou la gagner
C’est un cri du speaker qui réveille le recruteur japonais d’une somnolence qui le gagnait. « Chute au virage numéro 3 !! C’est Bostrom qui est sorti, suivi par Mat Mladin ». Le pilote American Racing est à la seconde place, il a réussi à éviter les motos et reste focus. Les tours s’enchaînent, il remonte, centième après centième, sur un Aaron Yates en plein doute. S’il fait la moindre erreur, le jeune homme de 21 ans sera sacré champion du championnat AMA. Et dans un gauche, la gomme attaquée de son pneu avant le trahit, Aaron Yates glisse sous les yeux, ou presque, du pilote American Honda qui devient mathématiquement champion.
Le Kentucky Kid et la trajectoire d’une comète
2006, une saison pendant laquelle le Kentucky Kid ne gagnera que 2 courses, et un titre qui se jouera à Valence. Aucun pronostiqueur n’aurait imaginé que ce pilote besogneux, gentleman des paddocks, rigoureux plus que communicant, ne soit sacré champion du monde. Et pourtant, 4 ans après le championnat américain, le Kentucky Kid roule, drapeau américain à la main, laissant vivre ses émotions sur ce circuit espagnol qui vient de le voir devenir champion du monde de MotoGP. Ce titre qu’il célébrera en famille, discrètement, les journalistes l’apercevant même dès le lendemain sur un vélo pour un décrassage… un vélo… un putain de vélo…
15 ans plus tard, le Kentucky Kid est en fin de carrière, même s’il joue encore un top 10 avec brio en mondial Superbike. Ce mercredi matin, la météo italienne est printanière. Et sur la route entre Misano et Tavoleto, le Kentucky Kid fait tourner les jambes lors d'une sortie vélo. Est-ce la lumière qui l’éblouit ou la musique qu’il écoute et le déconcentre, toujours est-il qu’il ne voit pas la 206 qui arrive sur lui. Un choc, une chute, et les yeux du Kentucky Kid se ferment sur un ciel sans nuage pour ne plus jamais se rouvrir. Sa disparition a laissé une émotion dans le monde du MotoGP, toujours vive aujourd’hui. Et à chaque fois que le MotoGP fait étape aux États-Unis, les pensées montent vers celui qu’on surnommait le Kentucky Kid… vers ce talent parti trop tôt qui s’appelait Nicky Hayden.