Le jeu le plus attendu de l’année rend hommage aux années 80
Il aura suffi d’une petite demi-heure pour mettre le dawa à Internet. Le 27 août, Rockstar dévoilait Grand Theft Auto VI: An Extended Look, près de 27 minutes d’images du jeu capturées sur PlayStation 5. Deux jours plus tard, chaque plan ou presque a déjà été disséqué, analysé, comparé. Bienvenue dans le phénomène GTA 6. Nous, évidemment, il y a surtout un truc qui nous a sauté aux yeux. Une petite décapotable rouge conduite par Jason dans les rues de Vice City. Quatre phares, des jantes à croisillons et une silhouette qu’on reconnaîtrait probablement dans le noir. La voiture rouge aperçue dans le gameplay de GTA VI est un modèle fictif de l’univers Rockstar très largement inspiré de la BMW Série 3 E30 Cabriolet, commercialisée par BMW à partir de 1986. Dans GTA, elle appartient à l’univers d’Übermacht, la marque fictive qui reprend depuis plusieurs épisodes les codes de BMW. Cette voiture, on la connaît. Mieux : on l’a essayée.

Depuis 1997, les voitures ne servent pas simplement à se déplacer dans GTA. Elles font partie de son histoire.
BMW E30 Cabriolet : la vraie voiture derrière GTA 6
Une Série 3 qui a appris à tout faire
La voiture rouge aperçue dans GTA 6 est fictive. Mais son inspiration, elle, ne l’est franchement pas : Rockstar a largement puisé dans la BMW Série 3 E30 Cabriolet, lancée par BMW au milieu des années 80.
Et avant de parler de la M3 parce que c’est obligatoire dès qu’apparaissent trois lettres et quatre phares ronds, rappelons un truc : l’E30 a surtout été la Série 3 qui a appris à tout faire.
Deux portes. Quatre portes. Diesel. Transmission intégrale. Touring. M3. Cabriolet.
Présentée en 1982, elle finira sa carrière avec 2 339 251 exemplaires produits. Presque un million de plus que l’E21 qu’elle remplaçait.
Pas exactement un accident industriel.
Le cabriolet développé directement par BMW apparaît en 1985 avant d’être commercialisé à partir de 1986. Plus d’arceau central façon panier de courses Baur : une capote en toile, quatre places et cette ligne incroyablement propre qui, quarante ans plus tard, continue visiblement à faire perdre du temps aux designers de Rockstar.
Notre exemplaire était une BMW 320i Cabriolet E30. Sous le capot, un six cylindres en ligne de 1 991 cm³, 129 ch et 195 km/h en pointe.
Aujourd’hui, une citadine électrique vous humilierait probablement au feu rouge.
On survivra.
Pourquoi la BMW E30 est parfaite pour Vice City
Rockstar aurait pu nous coller une Testarossa blanche.
Mais à ce niveau-là, autant ajouter directement Don Johnson, un flamant rose et trois kilos de cocaïne dans la boîte à gants.
L’E30 est beaucoup plus maligne.
Parce qu’elle appartient aux années 80 sans être restée coincée dedans. On en croise encore. Elles roulent, vieillissent, sont restaurées, modifiées, parfois massacrées. Elles font toujours partie du paysage automobile.
C’est exactement ce dont GTA 6 a besoin.
Le nouveau Vice City se déroule à notre époque, mais toute son identité reste nourrie par la culture de Miami et des années 80. La BMW E30 Cabriolet permet à Rockstar de faire le lien sans transformer le jeu en soirée déguisée.
Et comme toujours dans GTA, BMW ne s’appelle évidemment pas BMW. La marque bavaroise est parodiée par Übermacht, et cette décapotable est généralement rapprochée de la famille Sentinel Classic.
Bref : officiellement, ce n’est pas une BMW E30 Cabriolet.
Mais si vous avez besoin de nous pour reconnaître les quatre phares, les proportions et la ligne de caisse, changez peut-être de site automobile.
GTA 6 : une BMW de quarante ans pour nous vendre le futur
Il y a finalement quelque chose d’assez étrange à observer GTA VI aujourd’hui.
Tout dans ce jeu semble démesuré.
Plus d’une décennie après GTA V, Rockstar prépare un titre dont chaque nouvelle image déclenche des milliers d’articles, de vidéos et d’analyses. Sa sortie est devenue suffisamment importante pour peser sur le calendrier de toute une industrie.
Et pourtant, au milieu de cette démonstration technologique, ce qui nous a immédiatement ramenés vers GTA est une vieille BMW.
Peut-être parce que cette BMW E30 Cabriolet virtuelle représente encore quelque chose du jeu vidéo avec lequel nous avons grandi.
Pas celui des abonnements, du cloud, des mises à jour de 80 Go et des bibliothèques entièrement dématérialisées.
Celui qui tenait dans une boîte.
Qu’on ramenait chez soi. Qu’on prêtait à un pote. Qu’on finissait parfois par rayer. Celui autour duquel quatre personnes pouvaient passer une soirée jusqu’à trois heures du matin avec quelques shots de rhum sur la table et une console qu’on finissait par éteindre parce qu’elle faisait suffisamment de bruit et de chaleur pour nous convaincre qu’elle allait mourir.
On n’est pourtant pas spécialement nostalgiques du disque physique. Et on ne va certainement pas commencer à stocker des éditions collector sous blister dans le salon.
Mais le timing est amusant.
GTA VI achève justement un été pendant lequel le passage accéléré de l’industrie vers le tout numérique aura provoqué une nouvelle levée de boucliers. Derrière la disparition progressive du disque se posent des questions finalement beaucoup plus sérieuses que celle d’une jolie boîte rangée sur une étagère : propriété réelle d’un jeu, prêt, occasion, fermeture éventuelle d’un service et conservation des œuvres.
C’est probablement le sens de l’histoire.
Et nous ne sommes franchement pas assez gamers pour partir en croisade.
Mais il y a quelque chose d’assez délicieux à voir le jeu vidéo le plus attendu de 2026 nous vendre le futur avec une BMW vieille de quarante ans, Depeche Mode dans les enceintes et une jolie partie de nos souvenirs dans le coffre.
Texte Guillaume de @brooap
Photos Raphaël Sauze