Punk on Track – épisode 1 : Edgar Torronteras

Inclassable
Portraits

Celui qui changeait la poussière en étoile

Le freestyle motocross aime les hiérarchies simples. Des vainqueurs identifiés, des runs notés, des titres qui s’empilent. Dans ce cadre-là, Edgar Torronteras est un cas gênant. Il n’a jamais écrasé une saison de bout en bout. Il n’a pas verrouillé la discipline comme d’autres l’ont fait après lui. Et pourtant, son nom revient systématiquement dès qu’il est question de raconter la naissance du freestyle motocross moderne, surtout en Europe. Torronteras pose une question que le sport aime éviter : comment marquer profondément une discipline sans jamais la dominer statistiquement ?

Edgar Torronteras naît le 17 mai 1980 à Cardedeu, en Catalogne. Avant le freestyle, il suit un parcours classique et sérieux. Motocross, supercross, compétitions jeunes, titres régionaux et nationaux en Espagne. Il sait rouler vite, proprement, efficacement. Il bascule vers le freestyle très tôt. En 1995, à seulement 15 ans, il participe à un concours de sauts organisé après le Supercross de Paris-Bercy, appelé en remplacement de Mike Metzger, blessé. Ce n’est pas un coup marketing. C’est une opportunité saisie à la volée.

Le corps parfois comme seule limite

Le freestyle motocross parle souvent de risque. Chez Torronteras, ce risque n’a jamais été QUE théorique.

Sa carrière est jalonnée de chutes lourdes et de blessures sérieuses. La plus documentée intervient en 2016, lors d’un show à Llinars del Vallès, où il se fracture les deux chevilles et subit des blessures internes importantes. Il disparaît des terrains pendant de longs mois, puis revient.

Au fil de sa carrière, les blessures s’accumulent :
clavicule, côtes, épaules, poignets, chevilles, atteintes pulmonaires, commotions cérébrales. Rien de spectaculaire à l’écran, rien de glorifié. Bilan un corps qui encaisse, souvent plus que la moyenne.

Et pour avoir expérimenté bien malgré lui le retrait des avant-postes le temps de la guérison, il déclare :
« Dans ce sport, si tu te blesses, on t’oublie. Et si tu meurs, on passe à autre chose. »

Et pourtant, le mec revient, il repart, toujours plus haut, plus fort, plus vite, jusqu'au bout de l'extrême limite (si tu es né après 2000, tu ne peux pas comprendre cette réf mais on t'en veut pas tu sais...

Bref, le gars a un cerveau sans conteste, mais une tendance à avoir NO FUTURE tatoué sur les cellules grises....et putain c'est ça que c'est bon!

Un pilote qui roulait pour l’applaudimètre

Sur le papier le mec a quand même un beau pédigrée, mais qui, à priori ne suffit pas expliquer sa légende à priori :

  • 1997, il remporte des contests freestyle à Los Angeles et Las Vegas,
  • entre 1997 et 2002, il gagne six fois consécutives le concours de sauts du Supercross de Barcelone,
  • il participe aux premières éditions des Red Bull X-Fighters, qu’il remporte à Madrid en 2002.

Au regard de ces perfs, soyons clair, Edgar n’est pas un pilote marginal. Il est là au moment précis où le freestyle commence à exister comme discipline autonome.

Torronteras n’a jamais roulé comme un gestionnaire. Son rapport au freestyle est immédiat, instinctif, orienté vers le public. Là où d’autres pensent trajectoires répétables et points sécurisés, lui cherche la réaction de la tribune.

Le mec a toujours cherché à marquer des points à l’applaudimètre plus qu’au championnat.

Il roule comme une rockstar incapable de rejouer deux fois le même solo. Parfait en live. Parfois moins efficace sur la feuille de résultats. Son kif n’a jamais été de reproduire froidement des trajectoires propres pour optimiser un score, mais d’envoyer le saut qui fait lever la foule.

Ce choix lui coûte des points. Il lui donne aussi une signature. On se souvient de ses passages, même quand il ne gagne pas.

Quand le freestyle s’est structuré, lui est resté à part

Au début des années 2000, le freestyle motocross change. Les figures sont codifiées, les runs deviennent lisibles, les carrières se construisent. Le sport se professionnalise.

Torronteras ne disparaît pas. Il devient décalé.

Il continue à rouler comme si chaque run pouvait être le dernier. Dans un milieu qui commence à penser longévité, image et rentabilité, ce comportement devient difficile à intégrer. Il n’est plus le modèle dominant, mais il reste une référence.

Sa gueule, son attitude, son rapport instinctif aux caméras en font une figure immédiatement identifiable. Les photographes l’adorent. Les organisateurs savent que son nom parle au public. Même quand il n’est plus au centre du classement, il reste dans le cadre.

Une trace laissée sans vrai plan de carrière

Edgar Torronteras n’a jamais construit sa carrière comme un projet. Il n’a jamais cherché à durer à tout prix. Il a roulé dans l’instant, pour le show et le public. Que ce soit dans une arène bondée ou un festival en province. 

Ce choix, peut-être, lui a coûté des titres. Il lui a aussi permis de laisser une trace que les palmarès n’expliquent pas complètement. S’il a marqué sa génération, ce n’est pas parce qu’il a tout gagné, mais parce qu’il a participé à bâtir le freestyle motocross avant que le sport ne sache exactement ce qu’il allait devenir.

Et dans une discipline qui s’est ensuite professionnalisée, cette manière d’avoir toujours roulé en direct reste sa signature la plus durable..et ça, pour brooap, c'est punk approved. 

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https://www.brooap.fr/articles/punk-on-track-edgar-torronteras

Celui qui changeait la poussière en étoile

Le freestyle motocross aime les hiérarchies simples. Des vainqueurs identifiés, des runs notés, des titres qui s’empilent. Dans ce cadre-là, Edgar Torronteras est un cas gênant. Il n’a jamais écrasé une saison de bout en bout. Il n’a pas verrouillé la discipline comme d’autres l’ont fait après lui. Et pourtant, son nom revient systématiquement dès qu’il est question de raconter la naissance du freestyle motocross moderne, surtout en Europe. Torronteras pose une question que le sport aime éviter : comment marquer profondément une discipline sans jamais la dominer statistiquement ?

Edgar Torronteras naît le 17 mai 1980 à Cardedeu, en Catalogne. Avant le freestyle, il suit un parcours classique et sérieux. Motocross, supercross, compétitions jeunes, titres régionaux et nationaux en Espagne. Il sait rouler vite, proprement, efficacement. Il bascule vers le freestyle très tôt. En 1995, à seulement 15 ans, il participe à un concours de sauts organisé après le Supercross de Paris-Bercy, appelé en remplacement de Mike Metzger, blessé. Ce n’est pas un coup marketing. C’est une opportunité saisie à la volée.

Le corps parfois comme seule limite

Le freestyle motocross parle souvent de risque. Chez Torronteras, ce risque n’a jamais été QUE théorique.

Sa carrière est jalonnée de chutes lourdes et de blessures sérieuses. La plus documentée intervient en 2016, lors d’un show à Llinars del Vallès, où il se fracture les deux chevilles et subit des blessures internes importantes. Il disparaît des terrains pendant de longs mois, puis revient.

Au fil de sa carrière, les blessures s’accumulent :
clavicule, côtes, épaules, poignets, chevilles, atteintes pulmonaires, commotions cérébrales. Rien de spectaculaire à l’écran, rien de glorifié. Bilan un corps qui encaisse, souvent plus que la moyenne.

Et pour avoir expérimenté bien malgré lui le retrait des avant-postes le temps de la guérison, il déclare :
« Dans ce sport, si tu te blesses, on t’oublie. Et si tu meurs, on passe à autre chose. »

Et pourtant, le mec revient, il repart, toujours plus haut, plus fort, plus vite, jusqu'au bout de l'extrême limite (si tu es né après 2000, tu ne peux pas comprendre cette réf mais on t'en veut pas tu sais...

Bref, le gars a un cerveau sans conteste, mais une tendance à avoir NO FUTURE tatoué sur les cellules grises....et putain c'est ça que c'est bon!

Un pilote qui roulait pour l’applaudimètre

Sur le papier le mec a quand même un beau pédigrée, mais qui, à priori ne suffit pas expliquer sa légende à priori :

  • 1997, il remporte des contests freestyle à Los Angeles et Las Vegas,
  • entre 1997 et 2002, il gagne six fois consécutives le concours de sauts du Supercross de Barcelone,
  • il participe aux premières éditions des Red Bull X-Fighters, qu’il remporte à Madrid en 2002.

Au regard de ces perfs, soyons clair, Edgar n’est pas un pilote marginal. Il est là au moment précis où le freestyle commence à exister comme discipline autonome.

Torronteras n’a jamais roulé comme un gestionnaire. Son rapport au freestyle est immédiat, instinctif, orienté vers le public. Là où d’autres pensent trajectoires répétables et points sécurisés, lui cherche la réaction de la tribune.

Le mec a toujours cherché à marquer des points à l’applaudimètre plus qu’au championnat.

Il roule comme une rockstar incapable de rejouer deux fois le même solo. Parfait en live. Parfois moins efficace sur la feuille de résultats. Son kif n’a jamais été de reproduire froidement des trajectoires propres pour optimiser un score, mais d’envoyer le saut qui fait lever la foule.

Ce choix lui coûte des points. Il lui donne aussi une signature. On se souvient de ses passages, même quand il ne gagne pas.

Une trace laissée sans vrai plan de carrière

Edgar Torronteras n’a jamais construit sa carrière comme un projet. Il n’a jamais cherché à durer à tout prix. Il a roulé dans l’instant, pour le show et le public. Que ce soit dans une arène bondée ou un festival en province. 

Ce choix, peut-être, lui a coûté des titres. Il lui a aussi permis de laisser une trace que les palmarès n’expliquent pas complètement. S’il a marqué sa génération, ce n’est pas parce qu’il a tout gagné, mais parce qu’il a participé à bâtir le freestyle motocross avant que le sport ne sache exactement ce qu’il allait devenir.

Et dans une discipline qui s’est ensuite professionnalisée, cette manière d’avoir toujours roulé en direct reste sa signature la plus durable..et ça, pour brooap, c'est punk approved. 

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