Rossi n’a jamais été du genre à douter. Mais ce jour-là, les faits sont là : le plus grand pilote MotoGP de sa génération a réellement hésité à quitter la moto pour devenir pilote WRC à plein temps. L’histoire est connue des puristes, mais rarement racontée proprement.
Où en était Rossi dans sa carrière MotoGP à cette époque ?
Retour en 2005-2006.
Rossi, c’est déjà un CV qui ferait pleurer n’importe quel ingénieur japonais de fierté :
- Champion du monde 125 en 1997
- Champion 250 en 1999
- Champion 500 en 2001
- Champion MotoGP en 2002 et 2003 avec Honda
- Puis double champion en 2004 et 2005 avec Yamaha, la moto que tout le monde disait “impossible à gagner”
Début 2006, le gars est intouchable, statue en cours de construction au panthéon.
Puis arrive une saison chelou : défaillances mécaniques, chute à Assen, bizarre à Shanghai, un Nicky Hayden qui déroule comme un métronome, et Rossi perd le titre… de cinq petits points.
Pour un compétiteur comme lui, c’est plus qu’un accroc :
c’est un moment où tu te demandes si tu ne veux pas aller jouer ailleurs.
Les essais WRC : Subaru, Prodrive, Ford, Monza… et des chronos qui font grincer des dents
Rossi ne découvre pas le rallye en 2005.
Il a grandi dedans. Son père Graziano connaissait tous les pilotes italiens de l’époque, Rossi idolâtrait Colin McRae, et il avait déjà fait le Monza Rally Show depuis la fin des années 90.
Mais 2005 change tout.
Monza Rally Show 2005. Subaru Impreza WRC Prodrive
Il termine 2e, à seulement quelques secondes de Rinaldo Capello.
Et attention : Colin McRae lui-même termine derrière lui.
Ça, dans le milieu du rallye, ce n’est pas un simple “bon résultat”.
C’est une déclaration de guerre.
Nouvelle-Zélande 2006. première vraie pige WRC
Prodrive l’engage sur une Impreza WRC quasi identique à celle de Petter Solberg.
Résultat :
- Top 10 sur plusieurs spéciales
- 7e temps sur la super spéciale de Mystery Creek
- Il termine à environ 10 secondes du top 10 au général
On parle d’un gars qui découvre des spéciales où même les experts se perdent.
Monza Rally Show 2006. Ford Focus RS WRC
Il gagne.
Et il va ensuite en gagner six autres, pour un total de sept victoires, souvent en mettant des branlées à des pilotes WRC confirmés comme Sordo, Neuville ou Suninen.
À ce moment-là, les ingénieurs de Prodrive comme ceux de M-Sport arrivent à la même conclusion :
“S’il s’entraînait un an ou deux à plein temps, Rossi pourrait jouer un championnat.”
Pas gagner immédiatement – le rallye n’est pas une discipline où tu arrives comme ça –
mais jouer dans le haut du panier ? Oui, clairement.
Ce qui le fait vraiment hésiter
Il y a trois éléments clés :
1. Le MotoGP devient politiquement épuisant
Rossi est au sommet, mais :
- La guerre froide avec Honda n’est pas terminée
- La montée en puissance de la concurrence est réelle
- Yamaha doit se reconstruire après les galères mécaniques de 2006
Lui, il veut juste piloter. Pas faire la diplomatie.
2. Le WRC lui offre un nouveau frisson
Le frisson “pur” :
glisser, improviser, attaquer, ressentir la route, écouter un copilote qui hurle dans un intercom saturé.
Pour Rossi, c’est l’adrénaline version VHS : brute, imprévisible, romantique.
3. Prodrive lui tend la main
David Richards (le boss) serait prêt à lui ouvrir un programme partiel, voire complet.
En interne, certains disent : “On peut le construire en 2 saisons”.
La frontière entre fantasme et réalité se brouille.
Ce qui lui fait changer d’avis
Rossi comprend très vite qu’être très bon ne suffit pas.
- Le WRC est une discipline d’orfèvres.
- Pour être champion, il faut 10 ans de notes, de pièges, de terrains.
- Même un extraterrestre comme Loeb a mis du temps avant de devenir intouchable.
Rossi n’a pas peur du travail, mais il voit le coût :
- Abandonner un empire en MotoGP
- Tout recommencer à zéro, dans l’ombre
- Risquer de n’être “que” un bon pilote WRC
- Tuer l’élan Yamaha au moment où la moto peut redevenir championne
Et puis… Yamaha lui fait comprendre qu’en 2006–2007, le projet M1 va redevenir un monstre.
Et Rossi adore gagner.
Même plus que glisser.
Alors il choisit la moto.
5. Ce qu’il en dira plus tard
Rossi sera toujours très clair :
- Oui, il a réellement envisagé une carrière WRC.
- Oui, il aurait aimé avoir “une deuxième vie en voiture”.
- Oui, il aurait adoré rouler une saison complète.
- Non, il ne regrette pas d’être resté en MotoGP.
Et effectivement, dès sa retraite en 2021, il fait exactement ce qu’il avait dit 15 ans plus tôt :
une carrière automobile.
Pas en rallye, mais en endurance, avec BMW, en GT3 puis en WEC.
En conclusion : a-t-il bien fait de rester en MotoGP ?
On va faire simple :
OUI. Absolument, définitivement, statistiquement, historiquement oui.
Après 2006, Rossi ajoute :
- Titre 2008
- Titre 2009
- Vice-champion 2014 et 2015
- Un retour en grâce monumental à 36 ans
- Une longévité jamais vue
Résultat final :
- 9 titres mondiaux
- 89 victoires
- Une aura qui dépasse le sport
Et en prime :
7 victoires au Monza Rally Show, des piges WRC respectables, une carrière GT aujourd’hui.
Il a fait les deux.
Il a gardé le royaume… puis il est allé jouer ailleurs pour le plaisir.
Un luxe que seuls les dieux du sport peuvent se payer.