Trente ans plus tard, je suis face à mon ordinateur et je me lance sur les traces de celui qui avait décidé de lancer un jeu avec une bande originale complètement folle. Son nom : Ian Hetherington. Sa création : Wipeout.
La naissance du jeu
Au milieu des années 90, le jeu vidéo est encore largement associé à un univers adolescent ou enfantin. Nintendo domine avec Mario et Sega avec Sonic.
Sony veut autre chose. Une console plus adulte, plus urbaine, plus moderne.
Chez Psygnosis, l’idée naît alors de créer une course futuriste où des vaisseaux anti-gravité filent à des vitesses absurdes sur des circuits industriels et urbains.
Mais ce qui va vraiment distinguer Wipeout, c’est l’esthétique.
Le studio de design britannique The Designers Republic est chargé de créer toute l’identité visuelle du jeu : logos des équipes, signalétique futuriste, typographies industrielles. Le résultat ressemble presque à une marque de sport automobile venue du futur.
La bande originale
Et puis il y a la musique.
À l’époque, les bandes originales de jeux vidéo sont généralement composées en interne. Psygnosis décide de faire exactement l’inverse.
La bande-son de Wipeout intègre des artistes majeurs de la scène électronique britannique :
Chemical Brothers
Orbital
Leftfield
Future Sound of London
Pour beaucoup de joueurs, ce sera la première rencontre avec la culture techno et rave.
La vitesse du jeu, le design minimaliste et les basses électroniques créent une atmosphère totalement nouvelle. On ne joue plus simplement à un jeu vidéo.
On a l’impression d’être dans un club futuriste.
L’accueil du jeu
À sa sortie en 1995, Wipeout devient immédiatement un symbole de la PlayStation.
Le jeu impressionne par sa vitesse, son esthétique et sa bande-son. Mais surtout, il participe à transformer l’image du jeu vidéo.
Sony ira même jusqu’à installer des PlayStation dans certains clubs londoniens pour promouvoir le jeu. On pouvait jouer à Wipeout entre deux sets de DJ.
C’était probablement la première fois qu’un jeu vidéo entrait aussi clairement dans la culture club.
Game Over
Parfois, dans cette quête d’un passé qui ne semble pas si loin tant il est vivace dans mes souvenirs, je suis rappelé à une forme de réalité.
Alors que mes recherches me mènent vers Ian Hetherington pour en savoir plus sur son actualité, ses autres réalisations, sur ce qu’il pourrait produire comme nouveau projet un peu fou, je réalise que sa partie à lui s’est achevée le 16 décembre 2021.
Après avoir quitté Psygnosis dans les années 90, il avait continué à travailler dans l’industrie du jeu vidéo et des technologies interactives, participant à différents projets et entreprises liés au divertissement numérique.
Comme un con, les doigts sur mon clavier, je ne sais pas comment finir cet article que je voulais joyeux et fédérateur autour de cette petite madeleine de Proust des années 90.
Un hommage à ce mec libre qui avait échappé à pas mal de règles avant d’être rattrapé par le seul game over qui tienne vraiment.
Alors me viennent simplement les paroles d’une chanson d’un putain de poète. Le papa du chanteur M.
Louis Chedid écrivait et chantait :
« C’est comme ça mon pote… comme ça…
La mort est une salope qui ne nous laisse pas le choix…
Et si jamais tu la vois avant moi…
Fais-lui un bras d’honneur… un bras d’honneur pour moi. »
Ian… merci pour Wipeout.
Et tu sais ce qu’il te reste à faire.