le jour où les GP moto ont basculé

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Rijeka 1990, le Grand Prix où le MotoGP a pris conscience de ses failles

En 1990, le Championnat du monde moto fonctionne encore avec des standards hérités d’une autre époque. Des circuits rapides mais dépassés. Une sécurité très inégale selon les pays. Une organisation parfois approximative. Le Grand Prix de Yougoslavie, disputé à Rijeka, ne va pas simplement être un week-end compliqué. Il va exposer, en pleine lumière, tout ce que le MotoGP accepte encore par habitude. Trop d’accidents. Trop d’alertes ignorées. Et un cadre qui craque de partout.

Le circuit de Rijeka, aussi appelé Grobnik, est rapide, étroit, et peu tolérant à l’erreur. Les glissières sont proches, les dégagements limités, et certaines zones spectateurs sont mal contenues. Avant même le GP 1990, le site inquiète. Quelques semaines plus tôt, un grave accident survient lors d’une course du Championnat d’Europe, exactement à l’endroit qui posera problème en 125cc.

Les pilotes demandent explicitement le retrait de bottes de paille placées en sortie de pit lane, jugées dangereuses lors d’un départ groupé.

La demande est refusée.

Des essais qui donnent le ton

Dès les premières séances, le week-end bascule du mauvais côté.
Christian Sarron chute lourdement et s’en sort avec une commotion et une épaule déboîtée.
Wilco Zeelenberg perd le contrôle de sa machine, qui termine sa course dans une zone spectateurs, sans protection réelle.

Les images sont édifiantes.
Des fans trop proches de la piste.
Des commissaires débordés.
Une gestion des incidents hésitante, parfois improvisée.

Le cadre est fragile.
Et tout le monde le voit.

125cc, l’accident annoncé

Le départ de la course 125cc provoque un carambolage massif impliquant onze pilotes.
Un accident quasiment identique à celui survenu quelques semaines plus tôt lors d’une course du Championnat d’Europe, exactement au même endroit.

Les pilotes avaient demandé le retrait de bottes de paille placées en sortie de pit lane, jugées dangereuses lors d’un départ groupé.
La demande n’a pas été suivie.

Cette fois, il n’y a pas de victime mortelle.
Mais le danger était connu, signalé, documenté.

Ignoré.

500cc, chaos et gestion indigne

La course reine n’améliore rien.
Chez Cagiva, c’est la déroute.
Randy Mamola et Ron Haslam chutent au même endroit.
Alex Barros part à la faute, sa moto prend feu.

L’accrochage entre Sito Pons et Pierfrancesco Chili ajoute une scène qui marquera durablement les esprits.
Pons est manipulé brutalement par le personnel médical, sans protocole clair, sous les caméras du monde entier.

À ce moment-là, le problème n’est plus sportif.
Il est structurel.


L'intervention improbable sur Sito Pons (clope au bec). 

Ce qui marque autant que la chute, c’est la façon dont il est évacué : trop rapide, sans protocole médical clairement appliqué, presque emporté sans stabilisation ni prise en charge calibrée, ce qui attire de vives critiques de la part des pilotes et des observateurs présents. Ce n’est pas un détail : c’est un exemple concret de la manière dont l’organisation de ce week-end a géré des situations critiques de façon improvisée et contestée, même pour une figure majeure du championnat (photos ici en gallerie).

250cc, la course de trop

Le plateau 250cc est exceptionnel.
Cardus, Kocinski, Cadalora, Wimmer, Bradl, Roth.

La catégorie est rapide. Très rapide.
Reinhold Roth signe un nouveau record du tour à plus de 163 km/h de moyenne.

Peu après, il est victime d’un grave accident qui met fin à sa carrière.

Cette fois, plus personne ne peut détourner le regard.
Le problème n’est pas la prise de risque.
Le problème, c’est le cadre.

Pour regarder la vidéo, c'est par ici

Après Rijeka, ce qui change vraiment

Rijeka 1990 n’est pas le point de départ de la sécurité moderne en MotoGP.
Mais c’est un déclencheur clair.

Dans les années qui suivent, des changements concrets apparaissent.
Rijeka disparaît définitivement du calendrier du Championnat du monde.
Les circuits jugés dangereux sont réévalués selon des critères plus stricts.
Une Safety Commission devient un rendez-vous régulier de chaque week-end de Grand Prix.
La voix des pilotes et des équipes est intégrée plus formellement aux décisions.
Les procédures de course, d’interruption et de prise en charge médicale sont progressivement standardisées.

Le MotoGP ne devient pas 100% sûr évidemment, et des accidents tragiques, il y en aura encore, mais il devient moins amateur.

Quand on pense que nos stars à nous ont été bibronés à ces images

Quand on y pense, ce sont aussi les images avec lesquelles ont grandi les stars de nos jeunes années.
Rossi.
Stoner.
Pedrosa.
Lorenzo.

Ils ont vu Rijeka.
Ils ont vu ces chutes, ce chaos, cette sécurité bancale.
Ils ont vu un sport où l’erreur ne pardonnait pas et où le cadre n’était pas toujours à la hauteur du talent.

Et malgré ça, ils se sont lancés.

Pas par inconscience.
Par passion.
Par obsession, même.

C’est un peu comme regarder aujourd’hui une partie de paintball…
mais avec des balles de plomb.
Et se dire quand même :
“Ok. J’y vais.”

Avec le recul, ça force le respect.

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Rijeka 1990, le Grand Prix où le MotoGP a pris conscience de ses failles

En 1990, le Championnat du monde moto fonctionne encore avec des standards hérités d’une autre époque. Des circuits rapides mais dépassés. Une sécurité très inégale selon les pays. Une organisation parfois approximative. Le Grand Prix de Yougoslavie, disputé à Rijeka, ne va pas simplement être un week-end compliqué. Il va exposer, en pleine lumière, tout ce que le MotoGP accepte encore par habitude. Trop d’accidents. Trop d’alertes ignorées. Et un cadre qui craque de partout.

Le circuit de Rijeka, aussi appelé Grobnik, est rapide, étroit, et peu tolérant à l’erreur. Les glissières sont proches, les dégagements limités, et certaines zones spectateurs sont mal contenues. Avant même le GP 1990, le site inquiète. Quelques semaines plus tôt, un grave accident survient lors d’une course du Championnat d’Europe, exactement à l’endroit qui posera problème en 125cc.

Les pilotes demandent explicitement le retrait de bottes de paille placées en sortie de pit lane, jugées dangereuses lors d’un départ groupé.

La demande est refusée.

Des essais qui donnent le ton

Dès les premières séances, le week-end bascule du mauvais côté.
Christian Sarron chute lourdement et s’en sort avec une commotion et une épaule déboîtée.
Wilco Zeelenberg perd le contrôle de sa machine, qui termine sa course dans une zone spectateurs, sans protection réelle.

Les images sont édifiantes.
Des fans trop proches de la piste.
Des commissaires débordés.
Une gestion des incidents hésitante, parfois improvisée.

Le cadre est fragile.
Et tout le monde le voit.

125cc, l’accident annoncé

Le départ de la course 125cc provoque un carambolage massif impliquant onze pilotes.
Un accident quasiment identique à celui survenu quelques semaines plus tôt lors d’une course du Championnat d’Europe, exactement au même endroit.

Les pilotes avaient demandé le retrait de bottes de paille placées en sortie de pit lane, jugées dangereuses lors d’un départ groupé.
La demande n’a pas été suivie.

Cette fois, il n’y a pas de victime mortelle.
Mais le danger était connu, signalé, documenté.

Ignoré.

500cc, chaos et gestion indigne

La course reine n’améliore rien.
Chez Cagiva, c’est la déroute.
Randy Mamola et Ron Haslam chutent au même endroit.
Alex Barros part à la faute, sa moto prend feu.

L’accrochage entre Sito Pons et Pierfrancesco Chili ajoute une scène qui marquera durablement les esprits.
Pons est manipulé brutalement par le personnel médical, sans protocole clair, sous les caméras du monde entier.

À ce moment-là, le problème n’est plus sportif.
Il est structurel.


L'intervention improbable sur Sito Pons (clope au bec). 

Ce qui marque autant que la chute, c’est la façon dont il est évacué : trop rapide, sans protocole médical clairement appliqué, presque emporté sans stabilisation ni prise en charge calibrée, ce qui attire de vives critiques de la part des pilotes et des observateurs présents. Ce n’est pas un détail : c’est un exemple concret de la manière dont l’organisation de ce week-end a géré des situations critiques de façon improvisée et contestée, même pour une figure majeure du championnat (photos ici en gallerie).

250cc, la course de trop

Le plateau 250cc est exceptionnel.
Cardus, Kocinski, Cadalora, Wimmer, Bradl, Roth.

La catégorie est rapide. Très rapide.
Reinhold Roth signe un nouveau record du tour à plus de 163 km/h de moyenne.

Peu après, il est victime d’un grave accident qui met fin à sa carrière.

Cette fois, plus personne ne peut détourner le regard.
Le problème n’est pas la prise de risque.
Le problème, c’est le cadre.

Pour regarder la vidéo, c'est par ici

Quand on pense que nos stars à nous ont été bibronés à ces images

Quand on y pense, ce sont aussi les images avec lesquelles ont grandi les stars de nos jeunes années.
Rossi.
Stoner.
Pedrosa.
Lorenzo.

Ils ont vu Rijeka.
Ils ont vu ces chutes, ce chaos, cette sécurité bancale.
Ils ont vu un sport où l’erreur ne pardonnait pas et où le cadre n’était pas toujours à la hauteur du talent.

Et malgré ça, ils se sont lancés.

Pas par inconscience.
Par passion.
Par obsession, même.

C’est un peu comme regarder aujourd’hui une partie de paintball…
mais avec des balles de plomb.
Et se dire quand même :
“Ok. J’y vais.”

Avec le recul, ça force le respect.

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