Pendant près de trente ans, il a bâti un empire du tuning de luxe à partir de Porsche profondément transformées, attirant une clientèle internationale, parfois controversée. Avant de devenir un fait divers criminel, Gemballa était une marque mondiale. Pour comprendre la chute, il faut d’abord comprendre la construction.
Des débuts centrés sur le luxe et la personnalisation
À la fin des années 1970, Uwe Gemballa débute son activité en Allemagne par des transformations intérieures sur BMW et Porsche. Il installe des systèmes audio haut de gamme, des équipements électroniques embarqués, retravaille entièrement les selleries et les finitions. À cette époque, les possibilités de personnalisation proposées par les constructeurs sont limitées. Gemballa trouve rapidement une clientèle prête à payer pour du sur-mesure, du confort et une différenciation visible.
1981, création officielle de Gemballa et premières transformations extérieures
En 1981, il enregistre officiellement la société Gemballa à Leonberg, près de Stuttgart. L’activité s’étend progressivement aux modifications extérieures, notamment sur Porsche 911. Les premières transformations restent essentiellement stylistiques, avec des carrosseries modifiées et des conversions dites slant nose, inspirées des modèles de compétition. Gemballa construit alors une image forte, mais n’est pas encore reconnu pour des préparations mécaniques extrêmes.
1985, le statut de constructeur, un point de bascule
En 1985, Gemballa obtient le statut de constructeur reconnu par les autorités allemandes. Ce point est déterminant. Il permet à la société de produire des véhicules complets, homologués, et non plus seulement des transformations. À partir de là, Gemballa ne se contente plus de modifier des Porsche, mais revendique des modèles Gemballa basés sur des plateformes Porsche. La marque gagne en crédibilité industrielle et juridique.
1984–1986, Avalanche puis Cyrrus, la reconnaissance internationale
Au milieu des années 1980 apparaissent les premiers modèles emblématiques. L’Avalanche est introduite dès 1984, suivie quelques années plus tard par le cabriolet Cyrrus. Basées sur la Porsche 911 Turbo, ces voitures combinent carrosseries élargies, performances revues et intérieurs spectaculaires. La presse automobile internationale s’en empare. Les commandes affluent d’Europe, des États-Unis et du Moyen-Orient. Gemballa devient une marque mondiale.
Années 1990, montée en puissance et clientèle internationale
Durant les années 1990, la méthode Gemballa se stabilise autour de trois axes. Des moteurs profondément modifiés, une aérodynamique radicale et une personnalisation intérieure totale. Les puissances augmentent, les volumes restent très faibles, les prix s’envolent. Gemballa attire une clientèle fortunée, parfois issue de sphères politiques ou économiques controversées. La marque assume une posture sans filtre, centrée sur la demande du client et la capacité à payer.
Années 2000, l’ère Cayenne et l’élargissement du marché
Avec l’arrivée du Porsche Cayenne au début des années 2000, Gemballa change d’échelle. Le SUV permet d’augmenter les volumes et de toucher une clientèle plus large que celle des seules 911 modifiées. Le chiffre d’affaires progresse, la notoriété devient grand public. L’image se durcit, devient plus provocante, parfois caricaturale, mais la marque est au sommet de sa visibilité.
Clients controversés, le cas Uday Hussein
Parmi les commandes les plus citées figure une BMW 635CSi de génération E24 modifiée par Gemballa et associée à Uday Hussein, fils de Saddam Hussein. Ce véhicule est régulièrement évoqué dans la presse automobile comme un exemple de la clientèle sensible que la marque a pu servir. Il n’existe pas de condamnation judiciaire liée à cette commande, mais ce cas illustre les zones grises dans lesquelles évoluait la marque à cette période.
Disparition, enquête et soupçons non établis
En février 2010, Uwe Gemballa se rend en Afrique du Sud pour ce qui est présenté comme un voyage d’affaires. Peu après son arrivée à Johannesburg, il disparaît. Pendant plusieurs mois, l’absence d’informations alimente de nombreuses hypothèses. Certains médias évoquent une possible fuite volontaire liée à des difficultés financières ou fiscales en Allemagne. D’autres avancent des soupçons de conflits liés à des affaires d’argent, à des transactions douteuses ou à des relations avec des figures du crime organisé sud-africain, notamment autour de projets automobiles ou d’importations de véhicules. Ces éléments sont largement relayés par la presse internationale et automobile, mais ne sont étayés par aucune preuve judiciaire formelle.
En octobre 2010, la découverte du corps de Uwe Gemballa près de Pretoria met fin aux spéculations sur une disparition volontaire. Il a été ligoté et exécuté d’une balle dans la tête, ce qui établit clairement la thèse d’un enlèvement suivi d’une exécution. L’enquête menée par les autorités sud-africaines conduit à l’arrestation et à la condamnation de plusieurs individus pour kidnapping et meurtre. En revanche, le mobile précis n’est jamais formellement établi par la justice. Les soupçons évoqués dans la presse, conflits financiers, mauvaises fréquentations, tentatives d’extorsion ou désaccords commerciaux, ne donnent lieu à aucune conclusion judiciaire définitive sur les raisons exactes de l’assassinat.