Et si les plus belles routes d'Europe étaient sur cette île ?

Voyage
Aventure

Et si les plus belles routes d’Europe se trouvaient sur ce bout d’Espagne ?

Quatre jours, trois nuits, et une évidence qui s’impose très vite : Tenerife est un terrain de jeu routier de tout premier ordre. Une île volcanique sillonnée de routes classées triple A, où s’enchaînent virages, dénivelé et paysages qui changent littéralement toutes les quarante minutes.

Forêts humides au nord, désert minéral au pied du Teide, routes suspendues au-dessus de l’Atlantique, villages figés dans le temps. Alors une question finit par s’imposer, presque vexante : comment se fait-il qu’il nous ait fallu si longtemps pour découvrir Tenerife ?

Un terrain de jeu fait de contrastes. 

La réponse tient sans doute à sa réputation. Et disons-le franchement : elle n’est pas totalement injustifiée.
La plus grande des îles des Canaries souffre d’une image très précise, concentrée dans un seul endroit : Las Américas.

Las Américas porte bien son nom. La concentration de beaufs au mètre carré y est comparable à Las Vegas ou à Pattaya. On y croise des spécimens qui se déplacent d’un restaurant de burgers à un mall aux enseignes criardes, parfois à bord de petits déambulateurs électriques. Des engins généralement réservés en France aux personnes en situation de handicap, mais utilisés ici pour transporter des surpoids assumés d’un temple de la consommation à un autre.

Soyons clairs, si l’on met les pieds à Las Américas, c’est pour une seule raison : récupérer une moto. La majorité des loueurs sérieux se trouvent dans ce secteur. Et parmi eux, une adresse sort clairement du lot : Café Motorcycles Tenerife.

Déjà parce qu’Antonio connaît l’île comme sa poche. Mais surtout parce que ce Milanais, expatrié ici depuis près de vingt ans, a conservé intacte sa passion de la moto. Il sait écouter, orienter, et surtout mettre sur la voie de la bonne bécane et du bon itinéraire. L’idée est simple : venir les mains dans les poches. Antonio loue absolument tout, de la moto à l’intercom, en passant par le casque, les gants et les vestes homologuées.

Côté budget, il faut compter environ 120 euros par jour en moyenne. Et pour éviter toute embrouille, on coche la case assurance tous risques, raisonnable, autour de 10 % du prix de la location en supplément.

Une fois la clé en main, cap sur un itinéraire qui tourne autour, et surtout à travers, ce rocher volcanique posé au large du Maroc, dans l’Atlantique, presque à hauteur du Sahara. Si la douceur des côtes est quasi permanente toute l’année, attention aux apparences : ici, les routes montent facilement jusqu’à 2 300 mètres d’altitude. Et là-haut, ça pique.

Jour 1 – Las Américas → El Médano, par Los Abrigos

On quitte rapidement Las Américas par le réseau secondaire pour longer la côte en direction de El Médano, avec un crochet obligatoire par Los Abrigos.

Los Abrigos est un petit village de granit, posé face à l’océan, qui dégage par moments de faux airs de côte amalfitaine. Rien de spectaculaire, justement. Une atmosphère. Des façades minérales, des barques, le bruit sourd de l’Atlantique, et cette sensation d’être déjà loin de la carte postale touristique.

En fin d’après-midi, arrivée à El Médano. Installation au Sur Hotel El Médano, littéralement posé sur la plage. Pas de chichi, mais une situation idéale, face à l’océan, avec le vent qui rappelle que l’on est ici sur un territoire de sports, pas de transats alignés.

Le soir, dîner dans un restaurant de poisson légèrement en retrait de la plage. Simple, local, sans folklore forcé. On mange tôt. On se couche tôt.
Le lendemain commence très tôt.

Jour 2 – El Médano → Garachico, par le nord de l’île

On commence à prendre de l’altitude dès que l’on quitte El Médano en fin de matinée, direction Granadilla de Abona.
Dans ce village aux faux airs de petits bouts de Chili, on commence à croiser des locaux qui se demandent clairement ce que tu fous là. Et ça, c’est plutôt bon signe.

Le temps d’un café au lait sur la place de l’église, bordée d’épicéas centenaires, et on part chercher la TF-28. Le bitume est une tuerie, comparable au revêtement du circuit d’Alès version moderne, pas l’ancien. La route serpente délicieusement jusqu’à un bled qui s’appelle Fátima.

Presque lassé d’avoir l’Atlantique et sa beauté métallique sur ta droite pendant tout le trajet, tu prends ensuite de l’altitude via la TF-525, puis la TF-523. Ces deux routes te propulsent progressivement vers cette forêt de conifères incroyable qui entoure quasiment toute l’île entre 1 500 et 2 000 mètres d’altitude.

Aux environs du Mirador de Montaña Colorada, selon la période, une mer de nuages s’installe à perte de vue et remplace littéralement l’océan dans le décor. Excusez du peu.

La route redescend ensuite en douceur par la TF-24 vers San Cristóbal de La Laguna, en évitant soigneusement Santa Cruz. Pas le temps, et pas ouf.

La Laguna mérite une pause. Tu te perds volontairement dans ses ruelles. Cette ville a servi de prototype aux futures villes nouvelles d’Amérique du Sud lorsque les découvreurs, et parfois exterminateurs, espagnols ont conquis cette partie du globe. Si tu as l’impression d’être tantôt à Mendoza, tantôt à San José au Costa Rica, c’est normal. La structure même de ces villes découle directement de La Laguna.

Un conseil : pousse la porte du Café Museo, même sans expo. Casse-toi le bide de tapas, et repars. La route est encore longue.

Par la TF-5 et ses zones commerciales sans intérêt, tu rejoins la TF-42. Et là, tu captes un truc. Tenerife a trois visages très nets.
Le sud est à vomir.
À l’est, le vent nettoie l’île des beaufs.
Mais le nord et l’ouest abritent ceux qui vivent à l’ombre du volcan. Les locaux. Les vrais.

Les routes se rétrécissent, les pentes dépassent souvent les deux chiffres, la courtoisie devient obligatoire. De nuit, l’odeur iodée de l’océan t’accueille. Le paysage minéral attend le lever du jour.

Garachico, ou la malédiction devenue enchantement

Garachico est une anomalie.
Au début du XVIIIᵉ siècle, la ville abrite le principal port de commerce de l’île, carrefour stratégique entre l’Europe et les Amériques. La richesse est partout. Façades travaillées, bois précieux, architecture ambitieuse.

En 1706, le volcan Trevejo entre en éruption. La lave évite la ville mais se déverse dans le port. Les quais disparaissent. Les bateaux sont engloutis. En quelques années, Garachico est abandonnée au profit de Santa Cruz de Tenerife.

Malédiction apparente.
Bénédiction réelle.

Sans développement commercial ni pression touristique, la ville reste figée dans sa lave et dans son jus. Un voyage dans le temps. On termine par un petit-déjeuner sur la Plaza de la Libertad. Tenerife t’attend. Et elle n’aime pas ça.

Jour 3 – Garachico → Vilaflor, par Masca et Los Gigantes

On quitte Garachico par les routes secondaires vers Masca. La route est étroite, spectaculaire, exigeante. Ici, on roule propre. Chaque virage est une récompense.

La descente vers Los Gigantes est monumentale.
La remontée est une route en lacets avec un bitume qui accroche comme une putain d’éponge Spontex en paille de verre. Tu couches la moto, même en respectant la limitation. Attention à bien regarder loin, au-dessus de toi, pour anticiper le trafic. Et fais gaffe à toi. Évidemment.

On reprend ensuite de l’altitude, direction Vilaflor, l’un des villages les plus hauts d’Espagne. L’air se rafraîchit. La lumière change. Le silence s’installe. La moto refroidit. Le corps aussi. La nuit sera courte. Très courte.

Jour 4 – Ascension du Teide, de nuit

Réveil à 3 heures. Départ à pied à 4 heures. Frontale allumée. Rythme lent. Objectif simple : atteindre le sommet du Teide avec un permis valide sur le créneau 6 h – 9 h. Et il y a environ 4 heures de marche si tu marches bien....donc pas beaucoup de marge. Dans le GPS, tu mettras "parking Sendero de Montana Bianca". C'est le point de départ le plus simple. Le sentier est parfaitement balisé à partir de ce point et tu peux te changer sur place. Prévois du chaud. Température ressentie là haut selon la météo : de 2° à -8°. 

Pendant la montée, le sol de cailloux peut devenir instable, mais gérable. Le souffle se raccourcit. Ce n’est pas une balade. C’est dur. Mais là-haut, quand le soleil perce, l’ombre du volcan s’étire sur l’océan. Silence total.

La descente se fait en téléphérique, histoire de préserver ce qu’il reste de lucidité. Puis retour vers la côte par un tracé peu technique, parfaitement compatible avec ton état de fatigue. Traverser les champs de lave du volcan que tu as dompté plus tôt dans la nuit devient une récompense ultime.

Restitution de la moto. Avion. Gros dodo.

3h de vol pour un dépaysement violent

Tenerife dans ce format, c’est peut-être le meilleur court séjour moto que j’ai fait depuis longtemps. La qualité des routes est folle. La variété des expériences est immense.
Mais la beauté n’est jamais gratuite. Elle est dans l’œil de celui qui va la chercher.

Si tu restes calé comme un Ricain dans le sud de l’île, tu ne verras rien.
Tenerife ne se donne pas.
Elle se mérite.

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https://www.brooap.fr/articles/tenerife-moto-plus-belles-routes-europe-teide

Et si les plus belles routes d’Europe se trouvaient sur ce bout d’Espagne ?

Quatre jours, trois nuits, et une évidence qui s’impose très vite : Tenerife est un terrain de jeu routier de tout premier ordre. Une île volcanique sillonnée de routes classées triple A, où s’enchaînent virages, dénivelé et paysages qui changent littéralement toutes les quarante minutes.

Forêts humides au nord, désert minéral au pied du Teide, routes suspendues au-dessus de l’Atlantique, villages figés dans le temps. Alors une question finit par s’imposer, presque vexante : comment se fait-il qu’il nous ait fallu si longtemps pour découvrir Tenerife ?

Un terrain de jeu fait de contrastes. 

La réponse tient sans doute à sa réputation. Et disons-le franchement : elle n’est pas totalement injustifiée.
La plus grande des îles des Canaries souffre d’une image très précise, concentrée dans un seul endroit : Las Américas.

Las Américas porte bien son nom. La concentration de beaufs au mètre carré y est comparable à Las Vegas ou à Pattaya. On y croise des spécimens qui se déplacent d’un restaurant de burgers à un mall aux enseignes criardes, parfois à bord de petits déambulateurs électriques. Des engins généralement réservés en France aux personnes en situation de handicap, mais utilisés ici pour transporter des surpoids assumés d’un temple de la consommation à un autre.

Soyons clairs, si l’on met les pieds à Las Américas, c’est pour une seule raison : récupérer une moto. La majorité des loueurs sérieux se trouvent dans ce secteur. Et parmi eux, une adresse sort clairement du lot : Café Motorcycles Tenerife.

Déjà parce qu’Antonio connaît l’île comme sa poche. Mais surtout parce que ce Milanais, expatrié ici depuis près de vingt ans, a conservé intacte sa passion de la moto. Il sait écouter, orienter, et surtout mettre sur la voie de la bonne bécane et du bon itinéraire. L’idée est simple : venir les mains dans les poches. Antonio loue absolument tout, de la moto à l’intercom, en passant par le casque, les gants et les vestes homologuées.

Côté budget, il faut compter environ 120 euros par jour en moyenne. Et pour éviter toute embrouille, on coche la case assurance tous risques, raisonnable, autour de 10 % du prix de la location en supplément.

Une fois la clé en main, cap sur un itinéraire qui tourne autour, et surtout à travers, ce rocher volcanique posé au large du Maroc, dans l’Atlantique, presque à hauteur du Sahara. Si la douceur des côtes est quasi permanente toute l’année, attention aux apparences : ici, les routes montent facilement jusqu’à 2 300 mètres d’altitude. Et là-haut, ça pique.

Jour 1 – Las Américas → El Médano, par Los Abrigos

On quitte rapidement Las Américas par le réseau secondaire pour longer la côte en direction de El Médano, avec un crochet obligatoire par Los Abrigos.

Los Abrigos est un petit village de granit, posé face à l’océan, qui dégage par moments de faux airs de côte amalfitaine. Rien de spectaculaire, justement. Une atmosphère. Des façades minérales, des barques, le bruit sourd de l’Atlantique, et cette sensation d’être déjà loin de la carte postale touristique.

En fin d’après-midi, arrivée à El Médano. Installation au Sur Hotel El Médano, littéralement posé sur la plage. Pas de chichi, mais une situation idéale, face à l’océan, avec le vent qui rappelle que l’on est ici sur un territoire de sports, pas de transats alignés.

Le soir, dîner dans un restaurant de poisson légèrement en retrait de la plage. Simple, local, sans folklore forcé. On mange tôt. On se couche tôt.
Le lendemain commence très tôt.

Jour 2 – El Médano → Garachico, par le nord de l’île

On commence à prendre de l’altitude dès que l’on quitte El Médano en fin de matinée, direction Granadilla de Abona.
Dans ce village aux faux airs de petits bouts de Chili, on commence à croiser des locaux qui se demandent clairement ce que tu fous là. Et ça, c’est plutôt bon signe.

Le temps d’un café au lait sur la place de l’église, bordée d’épicéas centenaires, et on part chercher la TF-28. Le bitume est une tuerie, comparable au revêtement du circuit d’Alès version moderne, pas l’ancien. La route serpente délicieusement jusqu’à un bled qui s’appelle Fátima.

Presque lassé d’avoir l’Atlantique et sa beauté métallique sur ta droite pendant tout le trajet, tu prends ensuite de l’altitude via la TF-525, puis la TF-523. Ces deux routes te propulsent progressivement vers cette forêt de conifères incroyable qui entoure quasiment toute l’île entre 1 500 et 2 000 mètres d’altitude.

Aux environs du Mirador de Montaña Colorada, selon la période, une mer de nuages s’installe à perte de vue et remplace littéralement l’océan dans le décor. Excusez du peu.

La route redescend ensuite en douceur par la TF-24 vers San Cristóbal de La Laguna, en évitant soigneusement Santa Cruz. Pas le temps, et pas ouf.

La Laguna mérite une pause. Tu te perds volontairement dans ses ruelles. Cette ville a servi de prototype aux futures villes nouvelles d’Amérique du Sud lorsque les découvreurs, et parfois exterminateurs, espagnols ont conquis cette partie du globe. Si tu as l’impression d’être tantôt à Mendoza, tantôt à San José au Costa Rica, c’est normal. La structure même de ces villes découle directement de La Laguna.

Un conseil : pousse la porte du Café Museo, même sans expo. Casse-toi le bide de tapas, et repars. La route est encore longue.

Par la TF-5 et ses zones commerciales sans intérêt, tu rejoins la TF-42. Et là, tu captes un truc. Tenerife a trois visages très nets.
Le sud est à vomir.
À l’est, le vent nettoie l’île des beaufs.
Mais le nord et l’ouest abritent ceux qui vivent à l’ombre du volcan. Les locaux. Les vrais.

Les routes se rétrécissent, les pentes dépassent souvent les deux chiffres, la courtoisie devient obligatoire. De nuit, l’odeur iodée de l’océan t’accueille. Le paysage minéral attend le lever du jour.

Garachico, ou la malédiction devenue enchantement

Garachico est une anomalie.
Au début du XVIIIᵉ siècle, la ville abrite le principal port de commerce de l’île, carrefour stratégique entre l’Europe et les Amériques. La richesse est partout. Façades travaillées, bois précieux, architecture ambitieuse.

En 1706, le volcan Trevejo entre en éruption. La lave évite la ville mais se déverse dans le port. Les quais disparaissent. Les bateaux sont engloutis. En quelques années, Garachico est abandonnée au profit de Santa Cruz de Tenerife.

Malédiction apparente.
Bénédiction réelle.

Sans développement commercial ni pression touristique, la ville reste figée dans sa lave et dans son jus. Un voyage dans le temps. On termine par un petit-déjeuner sur la Plaza de la Libertad. Tenerife t’attend. Et elle n’aime pas ça.

Jour 3 – Garachico → Vilaflor, par Masca et Los Gigantes

On quitte Garachico par les routes secondaires vers Masca. La route est étroite, spectaculaire, exigeante. Ici, on roule propre. Chaque virage est une récompense.

La descente vers Los Gigantes est monumentale.
La remontée est une route en lacets avec un bitume qui accroche comme une putain d’éponge Spontex en paille de verre. Tu couches la moto, même en respectant la limitation. Attention à bien regarder loin, au-dessus de toi, pour anticiper le trafic. Et fais gaffe à toi. Évidemment.

On reprend ensuite de l’altitude, direction Vilaflor, l’un des villages les plus hauts d’Espagne. L’air se rafraîchit. La lumière change. Le silence s’installe. La moto refroidit. Le corps aussi. La nuit sera courte. Très courte.

3h de vol pour un dépaysement violent

Tenerife dans ce format, c’est peut-être le meilleur court séjour moto que j’ai fait depuis longtemps. La qualité des routes est folle. La variété des expériences est immense.
Mais la beauté n’est jamais gratuite. Elle est dans l’œil de celui qui va la chercher.

Si tu restes calé comme un Ricain dans le sud de l’île, tu ne verras rien.
Tenerife ne se donne pas.
Elle se mérite.

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