Le trial, une histoire d’équilibre… entre ombre et lumière

Inclassable
Courses

Promenons-nous dans les bois, pendant que la tune n’y est pas

C’est l’histoire de mecs que la passion a amenés sur des bécanes avec lesquelles il faut monter sur des trucs sans se casser la gueule. Dis comme ça, c’est étrange. Après, on peut aussi parler d’autres mecs dont la passion est de tourner le plus vite possible autour d’une boucle de bitume. Vu comme ça, toutes les passions mécaniques peuvent sembler absurdes.

Mais s’il est bien des mecs que je n’ai pas compris au premier regard, ce sont ces sortes de punks du deux-roues qu’on appelle les trialistes.

Et en la matière, certains ont réussi à faire sortir la discipline de son anonymat. Chris Bruand, Kenny Thomas ou Julien Dupont ont en commun d’avoir exporté l’art du trial hors des zones, sur des scènes, des shows, des plateaux.

Avec, souvent, le soutien d’acteurs comme Red Bull, qui a compris avant beaucoup d’autres que ce sport était visuellement dingue, même s’il ne coche aucune case du sport spectacle classique.

Parce que le trial, c’est ça le problème : c’est un sport spectaculaire… à condition de savoir regarder.

Retour sur la naissance de l’un des plus vieux sports moto au monde

Au début du XXe siècle, au Royaume-Uni, les motos ne sont pas faites pour aller vite, mais pour aller loin. Les premières épreuves sont des tests de fiabilité sur des terrains impraticables. On parle de boue, de pierres, de pentes impossibles. Le mot “trial” vient de là : essayer, tenter, franchir.

Avec le temps, la discipline se transforme. Moins de vitesse, plus de technique. Jusqu’à devenir ce qu’elle est aujourd’hui : un sport où l’on évolue presque à l’arrêt, en défiant les lois de l’équilibre. La structuration moderne arrive en 1975 avec le championnat du monde lancé par la Fédération Internationale de Motocyclisme. Le principe est simple. Le trial se pratique sur des zones naturelles ou artificielles que les pilotes doivent franchir sans poser le pied. Chaque erreur est comptée : 1 point pour un appui, 5 points si c’est l’échec. Le but n’est pas d’aller vite, mais de faire zéro.

La France a toujours eu une place à part

La France n’a jamais été un figurant dans l’histoire du trial. Elle en a même été l’un des centres de gravité. Dans les années 80, elle s’impose au sommet avec Gilles Burgat, champion du monde en 1981, puis surtout Thierry Michaud, triple champion du monde en 1985, 1986 et 1988. En parallèle, l’équipe de France domine le Trial des Nations dans les années 80 avec plusieurs victoires (1984, 1985, 1986, 1988, 1990), preuve d’une profondeur de talent et d’une culture collective déjà très forte. On pense aussi à Pascal Couturier, actual boss de la marque SHOEI pour la France qui réussira à exporter son savoir-faire au Japon.

Puis le centre de gravité bascule progressivement vers l’Espagne, incarnée aujourd’hui par Toni Bou et sa domination historique. Mais la France n’a jamais disparu. Moins dominante, mais toujours présente. Toujours capable de produire des pilotes de très haut niveau.

Et le trial français, ce n’est pas qu’un palmarès. C’est aussi une école. Une culture portée par des passionnés, qui pratique sur un nombre de terrains de jeu en constante diminution.

On a croisé un gentleman dans les bois

Benoît Bincaz n’est pas une star au sens moderne du terme. Pas de millions d’abonnés, pas de storytelling forcé. Mais sur une moto de trial, c’est un des meilleurs pilotes du monde. Champion de France Élite à plusieurs reprises, régulièrement classé dans le top 10 mondial, Bincaz fait partie de cette élite discrète, qui évolue loin des projecteurs mais au sommet de la discipline. On l’a suivi à l’entraînement, dans les bois, loin de tout sur le fantastique terrain de Jérôme Delair aux portes du Lubéron. Ce qui est frappant c'est de voir que les entraînements d'un mec qui joue le Top 10 en championnat du monde se fait sans encadrement, ou presque, directement au contact de la pierre avec, pour public, des hectares d'arbres centenaires...et brooap qui passait pas là. 

Si tu veux comprendre le contraste, imagine Lewis Hamilton qui s'entrainerait avec un karting sur le parking d'un centre commercial le dimanche et t'es pas loin du vrai (ok...c'est un peu caricatural, mais au moins t'as capté l'image). 

Un trialiste comme Bincaz défie les lois de la pesanteur

Le trial, vu de loin, c’est incompréhensible. Vu de près, c’est presque irréel. Une roue qui se pose sur une pierre, un corps qui se tend, une impulsion, et la moto grimpe là où elle ne devrait pas passer. Sans vitesse. Sans élan. Juste avec du contrôle. Chaque mouvement est calculé. Chaque erreur est sanctionnée.

Et surtout, chaque obstacle est une répétition. Encore. Et encore. Jusqu’à ce que ça passe...ou pas...

Car, devant notre objectif, Benoit se lance pour un énième passage technique sur un gros rocher. Il grimpe, se faufile, quand une pierre se dérobe sous le pois de la moto, roulant mollement sur des motes de mousse mais entraînant le pilote dans un chute. Comme un chat, Benoit glisse, retombe sur ses pattes, mais la tête n'est pas passez loin de la pierre. Plus qu'une petite gamelle, cette séquence nous rappelle que le haut niveau est à ce prix. Remonter, repartir, et cette fois, réussir. Ces mecs savent ce qu'ils font, et son helper aussi. Mais le filet de sécurité n'est pas épais. 

Focus sur Electric Motion, le silence qui change tout

Depuis quelques saisons, Bincaz roule avec Electric Motion, un constructeur français basé dans l’Hérault, devenu une référence mondiale du trial électrique.Fondée en 2010, la marque s’est imposée avec une idée simple : exploiter le couple instantané de l’électrique pour améliorer le contrôle en trial.Et sur le terrain, ça marche fort. Là où un moteur thermique demande une gestion fine de l’embrayage et du régime, l’électrique permet une réponse immédiate, parfaitement dosable. Le résultat, c’est une précision accrue dans les zones les plus techniques.

Et il y a aussi le silence. En trial, c’est presque déroutant. Plus de bruit moteur, juste le contact entre le pneu et la roche, et une communication plus simple aussi entre le pilote et son helper. 

Et au-delà de la performance, c’est aussi une réponse à une réalité : l’accès aux terrains devient de plus en plus compliqué. Moins de bruit, c’est aussi plus de chances de continuer à rouler.

Dans l’ombre, des hommes comme Jérôme Delair à l'action

Jérôme Delair fait partie de ceux qu’on ne voit pas. Fondateur de la Team Zone Moto School 84, il consacre une grande partie de sa vie à entraîner, accompagner, structurer. Pas de structure usine. Pas de paddock démesuré. Juste des terrains, des motos, et une obsession : faire progresser et transmettre.

C’est aussi ça, le trial. Un sport qui repose sur des passionnés, souvent dans l’ombre, qui tiennent la discipline à bout de bras.

La difficile réalité économique des sports motorisés en France

Le trial n’est pas un cas isolé. Regarde le moto-ball. L’enduro. Le cross amateur. Partout, le même constat : des athlètes de haut niveau, des disciplines exigeantes… et des moyens limités. Heureusement, il existe encore des partenaires comme AMV Assurance, qui permettent à ces sports d’exister.

Mais la réalité reste la même. Pour beaucoup de pilotes, le défi n’est pas seulement de franchir un obstacle. C’est de trouver les moyens de s’entraîner, de se déplacer, de participer aux compétitions, parfois à l’autre bout du monde. Et d’essayer, malgré tout, d’accrocher le drapeau français le plus haut possible.

Sortir des écrans, retourner sur le terrain

Allez dans les bois. Allez sur les terrains. Allez sur les circuits.

Mi-mai, nous serons des centaines de milliers de passionnés réunis autour du Grand Prix de France Moto.

Et il ne s’agit pas d’opposer les disciplines. Bien au contraire.

Mais si ne serait-ce qu’un quart de ces passionnés allait voir ce qui se passe ailleurs, dans les clubs, dans ces sports discrets, alors peut-être que quelque chose changerait.

+ de regards. + d’images. + d’envie.

Et peut-être, au bout du chemin, + de vocations.

Parce que ces sports centenaires ne demandent pas grand-chose. Juste qu’on ne les oublie pas.

Guillaume
@brooap

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https://www.brooap.fr/articles/trial-moto-equilibre-passion-benoit-bincaz

Promenons-nous dans les bois, pendant que la tune n’y est pas

C’est l’histoire de mecs que la passion a amenés sur des bécanes avec lesquelles il faut monter sur des trucs sans se casser la gueule. Dis comme ça, c’est étrange. Après, on peut aussi parler d’autres mecs dont la passion est de tourner le plus vite possible autour d’une boucle de bitume. Vu comme ça, toutes les passions mécaniques peuvent sembler absurdes.

Mais s’il est bien des mecs que je n’ai pas compris au premier regard, ce sont ces sortes de punks du deux-roues qu’on appelle les trialistes.

Et en la matière, certains ont réussi à faire sortir la discipline de son anonymat. Chris Bruand, Kenny Thomas ou Julien Dupont ont en commun d’avoir exporté l’art du trial hors des zones, sur des scènes, des shows, des plateaux.

Avec, souvent, le soutien d’acteurs comme Red Bull, qui a compris avant beaucoup d’autres que ce sport était visuellement dingue, même s’il ne coche aucune case du sport spectacle classique.

Parce que le trial, c’est ça le problème : c’est un sport spectaculaire… à condition de savoir regarder.

Retour sur la naissance de l’un des plus vieux sports moto au monde

Au début du XXe siècle, au Royaume-Uni, les motos ne sont pas faites pour aller vite, mais pour aller loin. Les premières épreuves sont des tests de fiabilité sur des terrains impraticables. On parle de boue, de pierres, de pentes impossibles. Le mot “trial” vient de là : essayer, tenter, franchir.

Avec le temps, la discipline se transforme. Moins de vitesse, plus de technique. Jusqu’à devenir ce qu’elle est aujourd’hui : un sport où l’on évolue presque à l’arrêt, en défiant les lois de l’équilibre. La structuration moderne arrive en 1975 avec le championnat du monde lancé par la Fédération Internationale de Motocyclisme. Le principe est simple. Le trial se pratique sur des zones naturelles ou artificielles que les pilotes doivent franchir sans poser le pied. Chaque erreur est comptée : 1 point pour un appui, 5 points si c’est l’échec. Le but n’est pas d’aller vite, mais de faire zéro.

La France a toujours eu une place à part

La France n’a jamais été un figurant dans l’histoire du trial. Elle en a même été l’un des centres de gravité. Dans les années 80, elle s’impose au sommet avec Gilles Burgat, champion du monde en 1981, puis surtout Thierry Michaud, triple champion du monde en 1985, 1986 et 1988. En parallèle, l’équipe de France domine le Trial des Nations dans les années 80 avec plusieurs victoires (1984, 1985, 1986, 1988, 1990), preuve d’une profondeur de talent et d’une culture collective déjà très forte. On pense aussi à Pascal Couturier, actual boss de la marque SHOEI pour la France qui réussira à exporter son savoir-faire au Japon.

Puis le centre de gravité bascule progressivement vers l’Espagne, incarnée aujourd’hui par Toni Bou et sa domination historique. Mais la France n’a jamais disparu. Moins dominante, mais toujours présente. Toujours capable de produire des pilotes de très haut niveau.

Et le trial français, ce n’est pas qu’un palmarès. C’est aussi une école. Une culture portée par des passionnés, qui pratique sur un nombre de terrains de jeu en constante diminution.

On a croisé un gentleman dans les bois

Benoît Bincaz n’est pas une star au sens moderne du terme. Pas de millions d’abonnés, pas de storytelling forcé. Mais sur une moto de trial, c’est un des meilleurs pilotes du monde. Champion de France Élite à plusieurs reprises, régulièrement classé dans le top 10 mondial, Bincaz fait partie de cette élite discrète, qui évolue loin des projecteurs mais au sommet de la discipline. On l’a suivi à l’entraînement, dans les bois, loin de tout sur le fantastique terrain de Jérôme Delair aux portes du Lubéron. Ce qui est frappant c'est de voir que les entraînements d'un mec qui joue le Top 10 en championnat du monde se fait sans encadrement, ou presque, directement au contact de la pierre avec, pour public, des hectares d'arbres centenaires...et brooap qui passait pas là. 

Si tu veux comprendre le contraste, imagine Lewis Hamilton qui s'entrainerait avec un karting sur le parking d'un centre commercial le dimanche et t'es pas loin du vrai (ok...c'est un peu caricatural, mais au moins t'as capté l'image). 

Un trialiste comme Bincaz défie les lois de la pesanteur

Le trial, vu de loin, c’est incompréhensible. Vu de près, c’est presque irréel. Une roue qui se pose sur une pierre, un corps qui se tend, une impulsion, et la moto grimpe là où elle ne devrait pas passer. Sans vitesse. Sans élan. Juste avec du contrôle. Chaque mouvement est calculé. Chaque erreur est sanctionnée.

Et surtout, chaque obstacle est une répétition. Encore. Et encore. Jusqu’à ce que ça passe...ou pas...

Car, devant notre objectif, Benoit se lance pour un énième passage technique sur un gros rocher. Il grimpe, se faufile, quand une pierre se dérobe sous le pois de la moto, roulant mollement sur des motes de mousse mais entraînant le pilote dans un chute. Comme un chat, Benoit glisse, retombe sur ses pattes, mais la tête n'est pas passez loin de la pierre. Plus qu'une petite gamelle, cette séquence nous rappelle que le haut niveau est à ce prix. Remonter, repartir, et cette fois, réussir. Ces mecs savent ce qu'ils font, et son helper aussi. Mais le filet de sécurité n'est pas épais. 

Focus sur Electric Motion, le silence qui change tout

Depuis quelques saisons, Bincaz roule avec Electric Motion, un constructeur français basé dans l’Hérault, devenu une référence mondiale du trial électrique.Fondée en 2010, la marque s’est imposée avec une idée simple : exploiter le couple instantané de l’électrique pour améliorer le contrôle en trial.Et sur le terrain, ça marche fort. Là où un moteur thermique demande une gestion fine de l’embrayage et du régime, l’électrique permet une réponse immédiate, parfaitement dosable. Le résultat, c’est une précision accrue dans les zones les plus techniques.

Et il y a aussi le silence. En trial, c’est presque déroutant. Plus de bruit moteur, juste le contact entre le pneu et la roche, et une communication plus simple aussi entre le pilote et son helper. 

Et au-delà de la performance, c’est aussi une réponse à une réalité : l’accès aux terrains devient de plus en plus compliqué. Moins de bruit, c’est aussi plus de chances de continuer à rouler.

Dans l’ombre, des hommes comme Jérôme Delair à l'action

Jérôme Delair fait partie de ceux qu’on ne voit pas. Fondateur de la Team Zone Moto School 84, il consacre une grande partie de sa vie à entraîner, accompagner, structurer. Pas de structure usine. Pas de paddock démesuré. Juste des terrains, des motos, et une obsession : faire progresser et transmettre.

C’est aussi ça, le trial. Un sport qui repose sur des passionnés, souvent dans l’ombre, qui tiennent la discipline à bout de bras.

Sortir des écrans, retourner sur le terrain

Allez dans les bois. Allez sur les terrains. Allez sur les circuits.

Mi-mai, nous serons des centaines de milliers de passionnés réunis autour du Grand Prix de France Moto.

Et il ne s’agit pas d’opposer les disciplines. Bien au contraire.

Mais si ne serait-ce qu’un quart de ces passionnés allait voir ce qui se passe ailleurs, dans les clubs, dans ces sports discrets, alors peut-être que quelque chose changerait.

+ de regards. + d’images. + d’envie.

Et peut-être, au bout du chemin, + de vocations.

Parce que ces sports centenaires ne demandent pas grand-chose. Juste qu’on ne les oublie pas.

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